“(...)
le CIFEPME est le lieu où nous développons
nos complicités et collaborations”
Le
CIFEPME de Montpellier est le 7ème congrès de l'association
dont vous êtes l'actuelle Présidente. Pouvez-vous nous
livrer un rapide historique des précédents congrès
?
Notre
tout premier congrès a eu lieu à Carthage
en Tunisie en 1993. En fait, ici à l’UQTR, nous sommes
toute une équipe à se passionner pour la PME et depuis
un bon moment nous nous proposions d’organiser un congrès
francophone réunissant des chercheurs de notre domaine. Un
membre de notre groupe, qui était originaire de la Tunisie
et avait des contacts avec des professeurs de l’Université
de Tunis, a proposé l’idée que nous organisions
ce congrès à Carthage. Le deuxième congrès
s’est tenu à Paris deux ans plus tard,
soit en 1995. Normalement les congrès ont lieux à tous
les deux ans, mais nous avons décidé d’organiser
le troisième congrès dès 1996 à Trois-Rivières
pour célébrer le 20ième anniversaire du Groupe
de recherche en PME (GREPME) de notre université. Il a été
remplacé par l’Institut de recherche sur les PME (INRPME)
par la suite. C’est à Metz, en France,
en 1998, que nous avons vécu notre quatrième rassemblement,
suivi du cinquième qui a eu lieu à Lille
en 2000. Le dernier, et non le moindre, a eu lieu à Montréal
en 2002 et on s’en souviendra longtemps car ce fut un succès
sans précédent avec une assistance de presque 200 personnes
venant d’une vingtaine de pays différents.
Justement,
repartons aux origines et parlez-nous du premier CIFEPME qui s'est
déroulé en 1992 à Carthage. En gardez-vous un
souvenir précis ?
Comment l’oublier
? En 1993, il y avait seulement un an que j’avais intégré
le corps professoral de l’Université du Québec
à Trois-Rivières et le congrès de Carthage
aura été pour moi la toute première occasion
de me rendre présenter une communication dans un congrès
scientifique se déroulant à l’étranger.
Est-il besoin de vous dire que j’étais excitée
à l’idée de cette première expérience
mais aussi un peu fébrile ? L’idée de devoir
livrer des résultats de recherche devant un public averti,
des collègues francophones venant de différents pays,
me rendait je l’avoue un peu nerveuse. Je n’ai sans
doute plus jamais été aussi bien préparée
que pour ce congrès.
Nous avons eu
beaucoup de plaisir à ce premier congrès et presque
tout de suite, des complicités ont commencé à
naître entre québécois et européens,
dont plusieurs ont survécu au temps avec bonheur. Je pense
aussi que le climat de convivialité et d’échange
qui s’est instinctivement installé dans notre groupe
aura plu à nombre d’entre nous et on a senti, au cours
des années, que les collègues de notre domaine avaient
le goût qu’il en reste ainsi.
Complicité,
convivialité, échange : dites-nous en plus. Quel jugement
pouvez-vous porter sur l'évolution de ce congrès au
fil du temps? Est-ce que, par exemple, certaines thématiques
de recherche ont connu un essor particulier en regard des six précédents
congrès ?
Petit
à petit, ce qui était d’abord un rassemblement
de gens essentiellement concernés par la gestion et le développement
des petites et moyennes entreprise s’est transformé en
un groupe plus large intégrant aussi des chercheurs plus spécifiquement
intéressés par la problématique de l’entrepreneuriat.
Ce qui est heureux. Les thèmes de recherche ont toujours été
très variés mais certains d’entre eux semblent
avoir polarisé un assez grand nombre de chercheurs. Je pense
par exemple aux réseaux, aux pratiques des PME exportatrices,
à diverses questions entourant la performance des PME et les
stratégies fonctionnelles spécifiques aux PME. Plus
récemment, émergent de nouveaux intérêts
: l’entreprise familiale incluant la succession, l’essaimage,
la reprise d’entreprise, l’intrapreneuriat, l’apprentissage
organisationnel, le cyberentrepreneuriat, la création d’entreprises
et la recherche d’opportunités et même l’éthique.
Je pense que les années qui viennent ressortiront encore davantage
des thèmes associés à la formation ainsi que
la notion d’équipe entrepreneuriale, d’entrepreneuriat
collectif.
“Nous
avons aussi
beaucoup à apprendre les uns des autres”
Nous
pouvons nous demander si l'émergence de ces nouveaux thèmes
et leurs traitements relèvent d'une spécificité.
En effet, le CIFEPME est un congrès francophone. Peut-on préjuger
d'une spécificité de la recherche en entrepreneuriat
et en PME dans la communauté francophone en regard des pratiques
anglo-saxonnes ou est-ce simplement une différence de langue
d'expression ?
Je n’irais
pas jusqu’à dire que l’on peut parler d’une
véritable spécificité de la recherche francophone
en entrepreneuriat et en PME mais je pense cependant, qu’en
tant que francophones, nous pensons et réfléchissons
d’une façon différente. Qu’on le veuille
ou non, le langage que nous utilisons conditionne forcément
notre vision du monde et nous influence dans la sélection
des phénomènes sur lesquels se focalisera notre intérêt.
Par exemple, un chercheur anglo-saxon qui étudie le climat
organisationnel dans une entreprise, ne pensera jamais à
considérer le fait que les employés et les cadres
se tutoient ou non. En anglais, il n’y a que le «you»,
ce qui vient d’éliminer une préoccupation qui
pourrait être celle d’un francophone s’intéressant
à la même question.
Il y a certains
avantages à se retrouver entre francophones puisqu’ensemble,
nous pouvons également nous entraider pour mieux nous intégrer
dans des réseaux de publication plus internationaux. À
titre d’exemple, certains ateliers thématique se sont
intéressés aux règles et aux façons
de faire pour que plus de nos articles puissent être acceptés
dans des revues anglophones, cela nous permettant d’avoir
une audience beaucoup plus large pour la diffusion de nos travaux
de recherche. Nous avons aussi beaucoup à apprendre les uns
des autres. Les Français, par exemple, ont généralement
une grande culture, le verbe facile et ils se plaisent généralement
à aborder différentes questions avec de très
larges perspectives. Les Québécois, de leur côté,
utilisent souvent moins de mots et moins de détours pour
dire les choses. Ils sont plutôt pragmatiques, parfois même
trop, si je me fie à certains commentaires entendus ici et
là. Je pense que nous avons beaucoup à gagner, respectivement,
à profiter des forces des uns et des autres.
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Justement,
quels sont les équivalents du CIFEPME dans le monde anglo-saxon
?
Je dirais tout
de suite International Council for Small business (ICSB), une association
internationale rassemblant elle aussi des chercheurs et praticiens
intéressés tant par la PME que par l’entrepreneuriat.
Cette association compte plusieurs chapitres nationaux, dont USABE
pour les Etats-Unis et le CCPME pour le Canada. Je ne pense pas
à l’Académie de l’Entrepreneuriat parce
qu’elle rassemble en majorité des français et,
surtout, parce qu’une des ses missions fondamentales est le
développement de la formation en entrepreneuriat.
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Parlons
un peu de l'entrepreneuriat. Pour le congrès de 2004, le CIFPME
devient le CIFEPME. Que signifie pour vous cet ajout du "E"
de Entrepreneuriat ?
Il
y a déjà un moment que nous aurions dû intégrer
ce E pour bien montrer que nous sommes conscients que c’est
justement à travers et par l’entrepreneuriat que nos
PME naissent et se développent. D’autant plus que celles
qui connaissent le plus de succès ou réussissent les
croissances les plus marquées n’arrêtent jamais
d’agir de façon entrepreneuriale.
La
communauté en entrepreneuriat et en PME est par définition
vaste. Quelle place accordez-vous aux professionnels (chefs d'entreprises,
créateurs, cadres, praticiens,…) dans une rencontre telle
que le CIFEPME?
Je
pense que nous ne leur avons pas fait suffisamment de place dans nos
premiers congrès : Réflexe et biais des chercheurs que
nous sommes sans doute ! Mais nous avons commencé à
le faire et cette tendance devrait s’accentuer au cours de nos
prochains congrès. On peut le faire de plusieurs façons.
Ainsi, par exemple, certains d’entre nous pourraient profiter
du congrès pour présenter des outils et des approches
plus concrètes plutôt que toujours des papiers de recherche,
ce qui serait susceptible d’être plus attrayant pour les
gens du milieu des affaires et les intervenants du monde socio-économique
gravitant autour d’eux. Nous devrions également faire
un effort pour être mieux compris, même lorsque nous présentons
des résultats de recherche. N’est-ce pas d’ailleurs
d’abord et avant pour l’amélioration de la performance
de ces individus et entités que nous travaillons à chercher
de nouvelles et meilleures façons d’entreprendre et de
croître ? Une autre alternative serait aussi de leur donner
un forum et une place pour qu’eux aussi soient actifs, soit
en apportant des témoignages en support à nos recherches,
ou en illustrant l’utilisation de nouveaux modèles d’affaires
ou d’approches managériales innovatrices.
Parlons
maintenant un peu de l'organisation de la recherche. Quelles articulations
existent entre l'AIREPME (l'association), la RIPME (la revue) et le
CIFEPME (le congrès) ?
La
Revue internationale PME (RIPME) est la revue officielle de l’association.
Ce lien étroit entre l’association et la revue a d’ailleurs
été rappelé et entériné plus officiellement
lors de l’assemblée générale de notre dernier
congrès. Nous suivons en cela les pratiques de plusieurs associations
qui ont leur propre revue. C’est le cas, par exemple, d’Academy
of Management (à laquelle sont associées les revues
Academy of Management Review, Academy of Management Journal et Academy
of Management Executive) et également de l’International
Council for Small Business (ICSB) que j’évoquais précédemment
et qui est associé à Journal of Small Business Management.
Un certain nombre de numéros thématiques ont d’ailleurs
été alimentés par bon nombre de meilleurs papiers
présentés dans nos congrès, qu’il s’agisse
du CIFEPME, ou de rencontres à saveur plus nationale organisées
par certains de nos membres en étroite collaboration avec l’AIREPME.
Quant au CIFEPME, c’est notre lieu de ralliement et d’échange
bi-annuel et nous en profitons toujours pour y tenir nos assemblées
générales. Donc, on pourrait dire que Revue Internationale
PME est la voix de notre association alors que le CIFEPME est le lieu
où nous développons nos complicités et collaborations.
“Il
nous faut entraîner avec nous les plus jeunes,
qui sont de plus en plus nombreux à s’intéresser
aux plus petites entreprises et à l’entrepreneuriat”
En
regard de ces complémentarités entre structures, que
faudrait-il faire pour continuer à promouvoir la dynamique
qui existe dans le champ de recherche de l'entrepreneuriat et des
PME dans l'espace francophone?
Il
nous faut œuvrer activement à susciter de l’enthousiasme
pour notre domaine de recherche, continuer à travailler à
lui donner la crédibilité dont il a encore grandement
besoin dans notre univers académique, augmenter le nombre de
ceux et celles qui s’ajoutent chaque année à notre
groupe et multiplier les collaborations fructueuses entre les deux
rives du grand Atlantique. Surtout, il nous faut entraîner avec
nous les plus jeunes, qui sont de plus en plus nombreux à s’intéresser
aux plus petites entreprises et à l’entrepreneuriat.
Pour ce faire, il faut travailler fort pour conserver le caractère
convivial de partage et d’apprentissage qui est la marque de
commerce de nos rencontres. Le mot d’ordre : supporter, épauler,
dialoguer, motiver, encourager et oublier les critiques vides par
lesquelles celui qui les professe ne vise qu’à se mettre
lui-même en valeur, avec souvent pourtant l’effet contraire.
Avez-vous
des attentes particulières en ce qui concerne le congrès
de Montpellier ?
Je suis loin
d’être neutre quand je pense à Montpellier !.
C’est là que j’ai obtenu mon doctorat et j’ai
donc eu l’occasion d’y vivre et de me frotter de près
à ces méditerranéens pleins de verve et de
vigueur. Au risque de me faire des ennemis, je dirai que c’est
par surcroît la plus belle ville de France à mon avis.
Il ne faut pas oublier non plus que Montpellier est une ville pionnière
en ce qui regarde l’intérêt pour la PME et l’entrepreneuriat
en France. Michel Marchesnay et Colette Fourcade auront été,
et sont encore , les artisans (et même les artistes) qui ont
su donner le goût et la passion de la PME à de nombreux
jeunes qui suivent aujourd’hui leurs traces, souvent avec
beaucoup de succès d’ailleurs.
C’est
donc dire que OUI ! j’ai des attentes. Connaissant le professionnalisme
des personnes en place, je m’attend bien sûr à
une programmation de qualité et à multiples saveurs.
Je compte aussi sur le dynamisme des erfistes pour nous accueillir
avec chaleur et pour nous concocter quelques petites surprises de
même que je suis confiante qu’ils sauront nous proposer
un cadre des plus chaleureux et des activités sociales qui
susciteront l’enthousiasme et…. pourquoi pas, la participation.
Je ne ferai pas ici de suggestions, mais j’ai été
témoin des talents de Michel Marchesnay pour animer une chorale
(en autant toutefois qu’il sache choisir ses airs… je
n’irai pas plus loin ici… ceux qui ont participé
au Congrès de l’AIMS qui s’est tenu à
Montpellier sourient probablement comme moi en lisant ces lignes).
Lors de notre
dernier congrès, Olivier Torrès nous a lancé
l’invitation au prochain rassemblement à Montpellier
en nous récitant un poème qu’il avait composé
et qui commençait par «Mon pays ce n’est pas
un pays, c’est l’été…. mon jardin
ce n’est pas un jardin c’est la mer….».
Peut-être pourra-t-il amorcer le prochain congrès non
pas en le récitant mais plutôt en le chantant ? Plus
j’y pense, plus ça commence à entrer dans mes
attentes…
Pouvez-vous
nous dire si des villes sont déjà pressenties pour l'organisation
du CIFEPME 2006 ?
Lors
du congrès tenu à Montréal en 2002, les gens
de Fribourg en Suisse se sont dits intéressés à
organiser le congrès 2006. Nous avons même des intérêts
manifestés pour celui de 2008, en l’occurrence par Louvain-la-Neuve
en Belgique.
Tout
comme pour les Jeux Olympiques avec une torche, la ville qui organise
le CIFEPME se voit remettre un "canard en bois" symbolisant
la transmission du flambeau. Pouvez-vous nous raconter l'origine de
cette pratique ?
C’est
une très brillante idée qu’a eue Pierre-André
Julien lors du CIFPME qui célébrait le vingtième
anniversaire du GREPME à Trois-Rivières. Il a lui-même
acheté l’oiseau et nous a proposé, en l’offrant
à ceux qui organisaient le congrès suivant, que l’on
en fasse une tradition et que le canard devienne au fil des années
une sorte de mascotte de l’organisateur en chef du congrès.
Depuis ce temps, ce cher canard se promène un peu partout à
travers le monde et nul doute que du pays, il n’a pas fini d’en
voir…. Mais j’ai un peu peur qu’il se rebiffe et
ne veuille plus quitter Montpellier : on y est si bien !!!!!!!!!!
Un
dernier mot pour conclure ?
Comme
notre association semble avoir le vent dans les voiles, nul doute
qu’avec un congrès au pays de l’été
et de la mer, nous serons en eau propice pour attiser et faire grandir
encore les passions qui nous habitent pour l’émergence
et le développement des entrepreneurs et de leurs entreprises.
J’ai déjà hâte d’y être ! Et,
en terminant, je souhaite bon travail à toute l’équipe
erfiste qui va se démener très fort, j’en suis
sûre, pour nous concocter un événement que j’espère
mémorable.
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